À La Havane, rien de nouveau. Le décor est toujours exactement celui dans lequel Hemingway a vécu de flamboyantes histoires d’amour, des ivresses impensables, porté par le douloureux bonheur d’écrire.
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À La Havane, rien de nouveau. Le décor est toujours exactement celui dans lequel Hemingway a vécu de flamboyantes histoires d’amour, des ivresses impensables, porté par le douloureux bonheur d’écrire. © iStockphoto Delpixart
N° 125 - Printemps 2018

Cuba, la passion d’Hemingway

Hemingway ne fut fidèle qu’à cuba. La France, l’Espagne et l’Afrique qui lui avaient inspiré quelques-uns de ses chefs-d’œuvre avaient fini par le lasser. Cuba ne l’a jamais déçu. Cette passion partagée entre l’île et l’écrivain fut si intense que Cuba en garde encore le souvenir presque soixante ans après le suicide d’Hemingway. Contraint par l’âge et la maladie de retourner aux États-Unis, il n’a pas supporté de vivre séparé de La Havane, son seul véritable amour.

En 1934, Jane Mason a 24 ans. Elle est richissime. Son époux, qui la néglige tant il est occupé à augmenter sa déjà très considérable fortune, est l’un des fondateurs de la compagnie aérienne Pan Am. Grant Mason est si épris de sa femme qu’il ne l’empêche pas de dépenser sans compter et de tourner la tête des plus beaux hommes de La Havane.

Jane Mason n’a donc aucune raison d’être discrète alors qu’elle guette la fenêtre ouverte de la chambre 511 de l’Ambos Mundos, l’hôtel de La Havane où son formidable amant s’est installé depuis quelques mois pour écrire. En trois bonds, Jane se hisse jusqu’à la fenêtre et disparaît dans l’obscurité. Dans la rue, les prostituées saluent par de grands éclats de rire la performance de la jeune femme qui réapparaît une seconde dans l’encadrement pour les saluer.

La liaison de Jane Mason et d’Ernest Hemingway enchante Cuba. Elle est indomptable, il est terrible, et tous les deux tiennent l’alcool comme personne. Soûls, ils aiment conduire à tombeau ouvert sur les routes autour de La Havane, chacun à son tour derrière le volant. Le jeu consiste à prendre tous les risques jusqu’à ce que le passager demande grâce. Mais leurs plus belles heures, les deux amants les passent sur le Pilar, un bateau de pêche qu’Hemingway s’est fait offrir par Pauline, son épouse officielle, et Arnold Gingrich, le rédacteur en chef du magazine Esquire dont Hemingway est en train de bâtir la réputation. Ensemble, Jane et Ernest pêchent des marlins de plusieurs centaines de kilos au large de La Havane. Avec les armes qu’ils emmènent à bord, ils mitraillent les requins qui s’approchent trop près du Pilar. Ils abattent aussi des quantités d’oiseaux et quand il n’y a plus de proies disponibles, ils boivent, se disputent et s’aiment.

Hemingway aimait La Havane parce qu’elle n’a jamais cessé de le surprendre. À La Havane, il a vécu sans s’ennuyer un instant, à l’écart du monde, un monde qu’il avait sillonné en tous sens.
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© iStockphoto / JitkaUnv
Hemingway aimait La Havane parce qu’elle n’a jamais cessé de le surprendre. À La Havane, il a vécu sans s’ennuyer un instant, à l’écart du monde, un monde qu’il avait sillonné en tous sens.

Hemingway pense avoir trouvé avec Jane la femme sublime et brutale qui correspond exactement à l’image publique qu’il se construit. Depuis qu’il a quitté Paris, en 1927, il a rompu avec tout le milieu littéraire américain. Il s’est montré jaloux du succès des autres écrivains. Il est amer, médisant, en particulier à l’égard de ses meilleurs amis. La publication de L’adieu aux armes, en 1929, lui a apporté le succès et la fortune qu’il a tant espérés. Depuis, il s’efforce de se construire une réputation d’ogre, de rustre alcoolique ne respectant aucune autre vertu que le courage viril des soldats et des toreros. Les femmes l’inquiètent autant qu’il les désire. En 1926, il a publié Le soleil se lève aussi où il exprime toute l’angoisse qu’elles lui inspirent.

Aux yeux d’Hemingway, Jane Mason a cette sauvagerie qui rend simples toutes les choses de la vie. Mais, sans l’avouer, Jane voudrait devenir autre chose que le compagnon de beuveries de son amant. Elle ne se satisfait plus d’être une femme trophée qu’Hemingway exhibe avec autant de fierté que les peaux, les têtes et les cornes des animaux qu’il tue en Afrique. Elle le trompe pour lui faire mal. Mais il ne l’aime pas assez pour souffrir vraiment. Elle tente de se suicider et se brise le dos en sautant du second étage de sa somptueuse propriété. Hemingway est peiné mais le désespoir de Jane ne le convainc pas de lui accorder une autre chance de devenir la femme de sa vie. En 1936, Jane Mason et Hemingway rompent définitivement en se haïssant sans mesure. Il règle ses comptes avec la jeune femme en publiant En avoir ou pas, l’histoire d’un honnête homme contraint par les circonstances de faire de la contrebande d’alcool et de clandestins entre Cuba et les États-Unis. Jane Mason apparaît dans le roman sous les traits d’Hélène Bradley, une créature aussi maléfique que magnifique, dépourvue de tout sens moral.

« Nous faisons semblant de travailler et l’État fait semblant de nous payer. » La nonchalance affichée des Cubains masque leurs difficultés à survivre au quotidien dans une économie de la pénurie.
« Nous faisons semblant de travailler et l’État fait semblant de nous payer. » La nonchalance affichée des Cubains masque leurs difficultés à survivre au quotidien dans une économie de la pénurie. © Gamma
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« Nous faisons semblant de travailler et l’État fait semblant de nous payer. » La nonchalance affichée des Cubains masque leurs difficultés à survivre au quotidien dans une économie de la pénurie.
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« Nous faisons semblant de travailler et l’État fait semblant de nous payer. » La nonchalance affichée des Cubains masque leurs difficultés à survivre au quotidien dans une économie de la pénurie.
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Après sa rupture avec Jane Mason, Hemingway quitte Cuba à regret mais il lui semble plus prudent de retourner vivre quelques mois à Key West auprès de ses fils qu’il a négligés et de son épouse trop heureuse de récupérer son insupportable mari.

Mais Pauline n’aura guère le temps de savourer son triomphe sur Jane Mason, sa si jolie, si riche, si jeune rivale.

À Key West, Hemingway est devenu une attraction touristique. Les badauds viennent dans sa rue pour le regarder écrire à son bureau. Quand il ne travaille pas, il fait la tournée des bars où l’attend un public d’habitués. On se régale de ses histoires de la Grande Guerre à laquelle il a courageusement participé. Il a été blessé en 1918, sur le front italien. Il raconte la mitraille, les obus, les corps déchiquetés autour de lui et son histoire d’amour avec Agnès von Kurowsky, son infirmière. Il emmène son public à Paris, la ville de sa bohème avec Hadley, sa première épouse. Il était alors le plus joyeux compagnon des écrivains américains en exil créatif en France. Les peintres de Montparnasse étaient ses amis, eux aussi. Il se vante des corrections qu’il a administrées à quelques fâcheux et à des critiques trop vindicatifs. Il raconte et il ne cesse d’en rajouter. À 37 ans, sa vie est déjà une épopée amoureuse et guerrière mais cela ne lui suffit pas. Il succombe avec délice à sa tendance à la mythomanie qui irritait tellement ses amis que ceux-ci devenaient parfois ses plus féroces adversaires.

La révolution est devenue aussi poussive que les vieilles Cadillac de La Havane. Mais les Cubains restent fiers d’avoir incarné les idéaux de la révolution anti-impérialiste pendant des décennies.
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La révolution est devenue aussi poussive que les vieilles Cadillac de La Havane. Mais les Cubains restent fiers d’avoir incarné les idéaux de la révolution anti-impérialiste pendant des décennies.

À Key West, Hemingway s’ennuie. L’insouciance de sa vie à Cuba lui manque. Au Sloppy Joe’s Bar, il va rencontrer celle qui va le ramener définitivement vers son île perdue. Elle s’appelle Martha Gellhorn, c’est une journaliste en poste en Europe. La jeune femme a déjà son style, ses réseaux, une excellente réputation et n’a pas 30 ans. Elle est d’une beauté saisissante aussi. C’est bien le moins quand on prétend séduire un homme qui se sait irrésistible. Mais Martha comprend que son charme ne suffira pas si elle veut s’attacher Hemingway pour la vie. Le « monstre » ne devient aimable que lorsqu’il vit de grandes aventures.

Sans tarder, Martha propose à Hemingway de partir couvrir la guerre d’Espagne, avec elle. Il accepte sans hésiter. Pendant le siège de Madrid, ils deviennent amants pour la première fois, sous le feu des Phalangistes de Franco, dans une chambre du Florida, « l’hôtel des correspondants de guerre ». La guerre d’Espagne permet à Hemingway de montrer le meilleur de lui-même à tous ceux qui le côtoient. Son courage impressionne ses collègues et les combattants républicains. Sa générosité séduit. La sincérité de son engagement pour la cause républicaine lui vaut l’admiration et l’amour fou de Martha. Ensemble, désespérés, ils couvrent la chute de Barcelone en novembre 1938.

De retour à Key West, Hemingway suffoque. La routine conjugale lui fait horreur. Ses jeunes fils ne l’intéressent pas. Martha vient le chercher et le ramène à Cuba. Il retrouve avec plaisir sa chambre à l’Ambos Mundos et s’attelle à la rédaction de Pour qui sonne le glas qu’il dédie à son intrépide maîtresse.

Pendant qu’Hemingway écrit, Martha cherche une maison où ils pourront s’installer pour préparer de nouvelles aventures. Elle finit par découvrir la Finca La Vigía, une maison de style colonial espagnol, dans le village de San Francisco de Paula, à quinze kilomètres de La Havane. Hemingway tombe sous le charme de cette demeure plantée au sommet d’une douce colline. Elle est assez vaste pour qu’il puisse y accrocher ses trophées de chasse et sa collection de tableaux dans laquelle figurent des œuvres de Braque, Miró, Paul Klee, Juan Gris et André Masson. Il peut également s’y constituer une bibliothèque de plusieurs milliers d’ouvrages qu’il ne cesse de consulter. S’il exprime son mépris pour la caste littéraire, Hemingway reste un lecteur compulsif qui ne lâche un livre que pour empoigner une bouteille d’alcool.

Hemingway aime Cuba parce que son île sous les tropiques est l’opposée absolue d’Oak Park, une petite ville dans la banlieue de Chicago où il est né et a passé les premières années de sa vie. Cuba est catholique, nonchalante, instable et, dans les années 30, Graham Greene la décrit comme un endroit où « tous les vices sont permis et tous les trafics possibles ». À Cuba, Hemingway ne fréquente que ceux qu’ils appellent des « hommes d’action », des millionnaires uniquement préoccupés de chasse, de sport et de conquêtes amoureuses. Cuba dévore Hemingway. Il achète la Finca La Vigía avec les premiers droits de Pour qui sonne le glas. Il ne s’astreint plus à aucune discipline. Un personnel de maison nombreux satisfait ses moindres désirs. Les stars de Hollywood viennent lui rendre visite. Il ordonne que l’on ne change plus l’eau de la piscine parce qu’Ava Gardner s’y est baignée, nue.

Son existence, fastueuse mais stérile, lui enlève le goût d’écrire. Sa consommation d’alcool devient phénoménale. Au Floridita, son bar préféré, il engloutit à la chaîne des « Papa Doble », des doubles daïquiris glacés que les barmen confectionnent spécialement pour lui. L’alcool le rend agressif, paranoïaque. Il devient jaloux de l’énergie de Martha Gellhorn qui ne cesse de courir le monde pour écrire ses articles. Pour tromper sa solitude, il s’entoure de chats. Quand Martha passe à la Finca La Vigía, elle fait des scènes terribles, reprochant à Hemingway et à sa ménagerie d’avoir transformé la plantation en taudis insalubre. Hemingway refuse de se laver, de changer de vêtements. Sa vulgarité devient embarrassante même pour ses amis les plus indulgents. Chaque jour qui passe, il fait un peu plus horreur à Martha. Après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Hemingway tente de se rendre digne à nouveau de l’admiration de son épouse en partant à la chasse aux sous-marins allemands au large de Cuba à bord du Pilar. Mais il en faut plus pour impressionner Martha. Hemingway finit par céder à son épouse qui le harcèle pour qu’il quitte Cuba et aille couvrir le conflit en Europe.

La Habana Vieja est une vieille folle éternellement séduisante. Trop colorée, ridée, fanée par les pluies, outragée par les colères du ciel des Caraïbes, la vieille ville de La Havane garde une beauté troublante.
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La Habana Vieja est une vieille folle éternellement séduisante. Trop colorée, ridée, fanée par les pluies, outragée par les colères du ciel des Caraïbes, la vieille ville de La Havane garde une beauté troublante.

En 1944, Hemingway se conduit héroïquement sur le front. Il n’hésite pas à prendre part aux combats pour la libération de Paris et à la terrible bataille de la forêt de Hürtgen. Le courage de Hemingway sous le feu ennemi fait apparaître encore plus sordide son comportement avec Martha Gellhorn. Il ne s’interdit aucune mesquinerie pour faire trébucher la carrière de son épouse qui ne se montre pas moins courageuse que lui au cœur des combats. En décembre 1944, Martha Gellhorn, révulsée par la méchanceté de son mari, se sépare d’Hemingway. Il en est terriblement affecté. Martha fut la seule femme de sa vie capable de se montrer aussi courageuse, énergique et talentueuse que lui. Mais l’ogre se console vite. Quand il rentre à Cuba en mars 1945, c’est pour annoncer à ses amis son quatrième mariage. La nouvelle élue s’appelle Mary Welsh, c’est une journaliste qu’Hemingway a rencontrée à Londres, en 1944. Sa nouvelle conquête est prête à le vénérer autant que Martha l’a méprisé. Enthousiaste, il fait briquer la Finca La Vigía et le Pilar pour faire bonne impression à sa future épouse. Aussitôt arrivée à Cuba, Mary Welsh s’adapte à la vie sur l’île. Elle aime la chasse et la pêche autant que son mari qui n’est jamais rassasié d’hécatombes. Patiente, organisée, infatigable, elle sait se faire aimer du personnel de la Finca La Vigía. Mais Hemingway retombe vite dans ses travers. Avec sa nouvelle épouse, il se montre injuste et grossier. C’est elle qui porte le poids de ses angoisses d’écrivain qui ne peut plus écrire une seule ligne acceptable.

L’alcool déforme son corps. Il n’est plus le colosse qui, d’un sourire ou d’un mot d’esprit, faisait tourner la tête des femmes. À la Finca La Vigía, il est devenu un épouvantable tyran domestique. À mesure qu’il se dégrade physiquement, il est attiré par des femmes de plus en plus jeunes. En 1948, à Venise, il croise Adriana Ivancich qui n’a pas encore 20 ans. Il en tombe fou amoureux en la voyant sécher ses cheveux après un orage. En 1950, Adriana arrive à Cuba et s’installe à la Finca La Vigía. Mary supporte en serrant les dents les minauderies de son époux vieillissant et de sa très jeune rivale parce que la présence d’Adriana rend à Hemingway le goût d’écrire. À ses amis, il ne cesse de raconter comme il est doux de s’endormir en rêvant d’Adriana. Au matin, il se réveille heureux parce qu’il la sent toute proche. Les mots jaillissent, au moins jusqu’à l’heure du premier verre d’alcool qui sonne bien avant midi. En 1950, il publie Au-delà du fleuve et sous les arbres. La critique l’écharpe. On juge que ce dernier ouvrage est un acte d’adoration ridicule pour Adriana et d’injuste détestation pour Martha. Le livre est qualifié « d’autoparodie ». Dans le New Yorker, un critique parle de « sa pitié et de son embarras à voir un grand écrivain produire un livre aussi stérile ». Hemingway méprise les critiques en les comparant à une vermine qui grouille sur le corps de la littérature. Ulcéré par les critiques, il se lance dans l’écriture d’un nouveau roman. Adriana vit toujours à la Finca La Vigía et Mary endure la présence de la jeune femme en silence.

Le chic envahit les rues de La Havane. Mais quelques rues, quelques bars résistent encore à la mode du clinquant qui rassure les touristes.
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© Lucas Vallecillos / Alamy
Le chic envahit les rues de La Havane. Mais quelques rues, quelques bars résistent encore à la mode du clinquant qui rassure les touristes.

Le 17 avril 1951, Hemingway met un point final au manuscrit du Vieil homme et la mer. À sa sortie, ce livre connaît immédiatement un succès énorme. Les critiques encensent celui qu’ils avaient pris tant de plaisir à étriper un an plus tôt. Mais Adriana, lassée des assiduités de Hemingway, est repartie à Venise. Elle publie un livre dans lequel elle décrit un homme insaisissable, sentimental à Venise, brutal, grossier à Cuba. En 1954, Hemingway reçoit le prix Nobel de littérature pour Le vieil homme et la mer mais cela ne suffit pas à le consoler de sa rupture avec Adriana. Il est désormais l’homme le plus célèbre de Cuba. Il s’attache définitivement la sympathie de la population en consacrant la médaille d’or qui lui a été remise à Stockholm à la Vierge Noire d’El Cobre. On l’acclame quand il passe dans la rue. Au Floridita, un orchestre joue en boucle Soy Como Soy, l’histoire d’une femme qui se désole de ne pas trouver le moyen de séduire « Papa ». Mais Cuba qu’il a tant aimée a changé depuis qu’il l’a découverte, trente ans plus tôt. Les plages ont été saccagées. Une autoroute passe désormais tout à côté de la Finca La Vigía. Les paysages qui entouraient sa maison ont été détruits par le début de l’industrialisation de l’île.

La situation politique sur l’île le contraint à renoncer à la nonchalance de son existence sous les tropiques. Le régime de Fulgencio Batista devient de plus en plus répressif mais Hemingway ne se fait aucune illusion sur les révolutionnaires qui se préparent à abattre la dictature cubaine. Pourtant, Hemingway apporte son soutien aux guérilleros de Castro quand ceux-ci prennent le pouvoir le 1er janvier 1959.

Un Américain à Cuba. Fidel Castro se flattait d’être devenu l’ami d’Hemingway qu’il n’a pourtant rencontré qu’une seule fois.
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Un Américain à Cuba. Fidel Castro se flattait d’être devenu l’ami d’Hemingway qu’il n’a pourtant rencontré qu’une seule fois.

Castro et « Papa » ne se rencontrent qu’une fois, quelques mois plus tard, pendant un concours de pêche au gros dont le vainqueur est très opportunément Fidel Castro lui-même. Les deux hommes les plus célèbres de Cuba n’échangent que quelques banalités mais les photographes immortalisent l’instant. Aux États-Unis, la publication de ces clichés ravive les soupçons du FBI qui a depuis longtemps inscrit Hemingway sur la liste des agents communistes. Des pressions sont exercées sur lui pour qu’il quitte Cuba au plus vite et cesse d’offrir une caution morale au jeune régime castriste. Hemingway abandonne La Havane en juillet 1960 et part s’installer à Ketchum (Idaho) dans une austère propriété qu’il a achetée juste après la chute du régime de Batista.

Mary Hemingway est heureuse de quitter Cuba où elle doit subir une nouvelle humiliation. Hemingway s’est entiché d’une jeune fille de 19 ans dont il veut faire sa nouvelle muse. Il se ridiculise en se vantant d’obtenir des faveurs que Valerie Danby-Smith est bien avisée de ne pas lui accorder. La jeune femme est d’autant moins disposée à céder à Hemingway qu’elle est horrifiée par son comportement à l’égard de son épouse qu’il ne considère plus que comme une domestique.

L’alcool a fait du génial écrivain une loque torturée par ses angoisses et son obsession du suicide. Chaque jour qu’il passe loin de Cuba est un long calvaire. Mary Hemingway fait interner son époux dans une clinique psychiatrique à Rochester, dans le Minnesota. Il y subit un traitement aux électrochocs pour le guérir de sa mélancolie. Le traitement n’a aucun effet. Hemingway est libéré encore plus dépressif qu’à son entrée en clinique. Le 2 juillet 1961, il trompe la vigilance de son épouse et se tire une balle de fusil dans la tête. Pour lui, le glas avait commencé de sonner le jour où il avait quitté Cuba sans espoir d’y retourner.

« Pour qui sonne le glas » a été écrit dans la chambre 511 de l’hôtel Ambos Mundos. Hemingway trouvait l’inspiration en regardant la vie des hommes sur le port par sa fenêtre ouverte.
« Pour qui sonne le glas » a été écrit dans la chambre 511 de l’hôtel Ambos Mundos. Hemingway trouvait l’inspiration en regardant la vie des hommes sur le port par sa fenêtre ouverte. © Hans Blossey / Alamy
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Le vieil homme et une mer d’alcool. Accoudée au bar du Floridita, la statue en bronze d’Hemingway semble un hommage à son exceptionnelle résistance à l’alcool.
Le vieil homme et une mer d’alcool. Accoudée au bar du Floridita, la statue en bronze d’Hemingway semble un hommage à son exceptionnelle résistance à l’alcool. © Robert Harding / Alamy
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« Écrire à Cuba m’a toujours porté chance. » En 1954, il reçoit le prix Nobel de littérature pour « Le vieil homme et la mer » qu’il dédie à Cuba et à son peuple.
« Écrire à Cuba m’a toujours porté chance. » En 1954, il reçoit le prix Nobel de littérature pour « Le vieil homme et la mer » qu’il dédie à Cuba et à son peuple. © Martin Norris / Travel Photography / Alamy
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Footnotes

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