Camper Traveling Pavilion à Alicante en Espagne. Un café est aménagé sous le toit du pavillon. Les meubles ont été dessinés par Shigeru Ban.
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Camper Traveling Pavilion à Alicante en Espagne. Un café est aménagé sous le toit du pavillon. Les meubles ont été dessinés par Shigeru Ban. © Sanchez y Montoro
N° 116 - Printemps 2015

Shigeru Ban, à l’affût de l’essentiel

Lauréat du prestigieux Pritzker Prize en 2014, auteur du centre Pompidou-Metz, l’architecte japonais Shigeru Ban s’intéresse activement au sort des victimes des catastrophes naturelles dans son pays et ailleurs. Il est un pionnier dans l’utilisation du papier en architecture et surtout un innovateur dans le domaine de la structure.

Shigeru Ban
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© Shigeru Ban Architects Tokyo
Shigeru Ban

Né en 1957 à Tokyo, Shigeru Ban a suivi un parcours plutôt inattendu. Après des études à SCI-Arc (Southern California Institute of Architecture, Los Angeles, 1977–1980), il a passé deux années à la Cooper Union School of Architecture (New York, 1980–1982) où il a eu le célèbre architecte John Hejduk comme professeur. Ensuite, il est rentré au Japon où il a travaillé auprès d’Arata Isozaki (Tokyo, 1982–1983), avant de créer sa propre agence dans la capitale nipponne en 1985. Une première œuvre internationale, le Pavillon du Japon à Expo 2000 (Hanovre), fut remarquée, non seulement en raison de la collaboration de Shigeru Ban avec le grand ingénieur allemand Frei Otto, auteur du Stade olympique de Munich (1972), mais aussi, et surtout, à cause de son utilisation de tubes en papier recyclé comme matière de base de la structure, avec du bois. L’emploi du papier à des fins structurelles dans son architecture est certainement l’une des originalités de Shigeru Ban, tout comme sa participation fréquente aux efforts d’aide humanitaire et de relogement après des catastrophes naturelles, au Japon et ailleurs. C’est ainsi qu’il a réalisé vingt-sept maisons pour des réfugiés vietnamiens touchés de plein fouet par le séisme du 17 janvier 1995 à Kobe (Paper Log Houses), ou encore une église pour la même communauté (Paper Church).

Comme il l’a démontré avec Frei Otto sur la scène internationale à Hanovre, Shigeru Ban se distingue également de ses confrères architectes par son intérêt pour les bâtiments innovants, tant dans le domaine des matériaux que dans l’expression structurelle pure.

Sa Wallless House (Karuizawa, Nagano, Japon, 1996 –1997) en est un exemple saisissant. Cette maison de seulement 60 mètres carrés n’est faite que d’une seule surface, un sol qui se courbe pour en devenir le toit. Seules trois colonnes en acier d’un diamètre de 55 millimètres soutiennent le toit. Les murs et même les meneaux sont supprimés afin de réduire l’architecture à son expression la plus simple.

Cardboard Cathedral à Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Sous la nef de la cathédrale, les verres triangulaires font écho à la forme du bâtiment. Le mobilier a aussi été dessiné par Shigeru Ban.
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© Bridgit Anderson
Cardboard Cathedral à Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Sous la nef de la cathédrale, les verres triangulaires font écho à la forme du bâtiment. Le mobilier a aussi été dessiné par Shigeru Ban.
Cardboard Cathedral à Christchurch en Nouvelle-Zélande. Au-dessus de la croix, la structure en tubes de papier du toit est complètement visible, ce qui met un accent sur le caractère éphémère du bâtiment, mais qui ne nuit nullement à sa solennité.
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© Bridgit Anderson
Cardboard Cathedral à Christchurch en Nouvelle-Zélande. Au-dessus de la croix, la structure en tubes de papier du toit est complètement visible, ce qui met un accent sur le caractère éphémère du bâtiment, mais qui ne nuit nullement à sa solennité.
Paper Pavilion à Madrid en Espagne. Avec son toit en pente, ce petit pavillon s’ouvre largement. Un geste de l’architecte qui convient au climat local, mais qui a aussi un rapport avec la tradition japonaise.
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© Fernando Guerra
Paper Pavilion à Madrid en Espagne. Avec son toit en pente, ce petit pavillon s’ouvre largement. Un geste de l’architecte qui convient au climat local, mais qui a aussi un rapport avec la tradition japonaise.

Approche créative et capacité d’innovation

La citation du jury du prix Pritzker souligne précisément que, depuis vingt ans, Shigeru Ban « répond avec créativité et avec des solutions architecturales de qualité à des situations extrêmes engendrées par des catastrophes naturelles. Ses bâtiments constituent des abris, mais aussi des centres d’accueil, et des espaces spirituels… Son approche créative et sa capacité d’innovation surtout en rapport avec les matériaux et les structures ne sont pas seulement l’expression d’une bonne volonté, mais sont présents dans l’ensemble de son œuvre. »

Sans doute prédestiné à parcourir la planète en raison de son éducation aux USA et d’un vrai goût du voyage, Shigeru Ban en est arrivé à la Suisse par un premier projet à Tokyo réalisé en 2007 pour Swatch Group, le Nicolas G. Hayek Center, une petite tour de quatorze étages à Ginza, un des quartiers chics de Tokyo. L’architecte travaille actuellement sur le siège de Swatch Group et le nouveau centre de production et de logistique Omega (Bienne) et a aussi construit le QG de Tamedia à Zurich. Mais c’est en France que l’architecte a signé son plus prestigieux projet jusqu’à présent, le Centre Pompidou-Metz (2010). Le toit ondulant de ce musée est inspiré par la forme d’un chapeau chinois que Shigeru Ban a acheté à Paris en 1998, alors qu’il participait au concours pour le Pavillon de Hanovre. « Sa forme si architectonique fut pour moi une surprise, dit-il. Il y avait une couche de papier huilé pour l’imperméabiliser et aussi une couche de feuilles séchées qui lui servaient d’isolation thermique. C’est exactement comme l’architecture d’un bâtiment. Depuis le moment où j’ai acheté ce chapeau, j’ai eu envie de créer un toit de manière similaire. »

Une vue générale du gymnase de Fukushima en 2011, suite au tremblement de terre et au tsunami. Le Paper Partition System de Shigeru Ban offre des espaces privés aux sans-abris.
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© Voluntary Architects’ Network
Une vue générale du gymnase de Fukushima en 2011, suite au tremblement de terre et au tsunami. Le Paper Partition System de Shigeru Ban offre des espaces privés aux sans-abris.

A l’aide des victimes de catastrophes naturelles

Même si ce ne sont pas ses réalisations les plus spectaculaires sur le plan formel, les travaux récents de Shigeru Ban en matière d’aide humanitaire sont une excellente indication de son caractère et de la nature de ses recherches. C’est à la suite d’un tremblement de terre dans la préfecture de Niigata, le 23 octobre 2004, que l’architecte s’est rendu compte que les espaces tels que les gymnases mis à la disposition des populations déplacées souffraient d’un inconvénient majeur, l’absence d’espaces privés pour les familles. Travaillant comme à son habitude au Japon avec des étudiants de l’Université Keio, Shigeru Ban a proposé un système de petits enclos construits avec des tubes carrés en papier. Suite à un autre tremblement de terre à Fukuoka, le 20 mars 2005, l’architecte a affiné son idée, en proposant des cloisons en carton. Enfin, il en est arrivé à ce qu’il appelle le Paper Partition System 3, en 2006 : des tubes en papier servent de colonnes et de poutres et peuvent être assemblés en trente minutes sans l’utilisation de clous. Pas moins de 1 800 enclos de ce type ont été employés dans la préfecture de Miyagi suite au tremblement de terre et au tsunami du 13 mars 2011.

En dehors de ses tubes en papier, Shigeru Ban se sert également souvent de conteneurs d’expédition dans certaines de ses réalisations comme le montre une autre initiative à Onagawa (Miyagi) en 2011. Le Container Temporary Housing est un assemblage en damier de trois étages constitué de conteneurs superposés destiné à ce village de 12 000 personnes détruit par le tsunami. La disposition en damier offre des espaces ouverts entre les conteneurs et, avec l’aide de volontaires, l’architecte a pu faire installer des armoires et des étagères dans chaque appartement.

Les interventions humanitaires de Shigeru Ban ne se sont pas limitées au Japon, loin s’en faut. Suite à un autre tremblement de terre, cette fois à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, en février 2011, l’architecte a créé une cathédrale temporaire (Cardboard Cathedral). Travaillant comme dans les autres projets caritatifs sans percevoir d’honoraires, il a dessiné une église en bois, tubes en papier, polycarbonate et verre coloré pour 700 fidèles. Basée sur la forme de la cathédrale endommagée par le tremblement de terre, cette église de 770 mètres carrés emploie également des conteneurs industriels de 20 pieds (9,1 mètres). Pour ce projet, Shigeru Ban a aussi dessiné une quinzaine de meubles, y compris des chaises, bureaux ou meubles liturgiques en bois et en papier.

Container Temporary Housing, Onagawa, Miyagi, Japon, 2011. Une vue générale des logements temporaires créés par Shigeru Ban dans le village d’Onagawa sur un terrain de sport.
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© Hiroyuki Hirai
Container Temporary Housing, Onagawa, Miyagi, Japon, 2011. Une vue générale des logements temporaires créés par Shigeru Ban dans le village d’Onagawa sur un terrain de sport.
Pavillon Hermès Maison, à Milan en Italie. Vu de l’intérieur, le pavillon est spacieux et bénéficie d’une hauteur sous plafond allant jusqu’à 5 mètres. A Milan, le pavillon était meublé par Enzo Mari, Antonio Citterio, Denis Montel et Eric Benqué. Comme la majorité de ses projets en Europe, cette structure a été réalisée par Shigeru Ban en collaboration avec Jean de Gastines.
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© Santi Caleca
Pavillon Hermès Maison, à Milan en Italie. Vu de l’intérieur, le pavillon est spacieux et bénéficie d’une hauteur sous plafond allant jusqu’à 5 mètres. A Milan, le pavillon était meublé par Enzo Mari, Antonio Citterio, Denis Montel et Eric Benqué. Comme la majorité de ses projets en Europe, cette structure a été réalisée par Shigeru Ban en collaboration avec Jean de Gastines.
Pavillon Hermès Maison, à Milan en Italie. Vu de l’intérieur, le pavillon est spacieux et bénéficie d’une hauteur sous plafond allant jusqu’à 5 mètres. A Milan, le pavillon était meublé par Enzo Mari, Antonio Citterio, Denis Montel et Eric Benqué. Comme la majorité de ses projets en Europe, cette structure a été réalisée par Shigeru Ban en collaboration avec Jean de Gastines.
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© Santi Caleca

Pavillons éphémères et une maison à Tokyo

Les structures humanitaires de Shigeru Ban sont une extension logique de son travail fréquent sur l’architecture éphémère conçue pour des foires ou pour la publicité de certaines sociétés. Ainsi, son pavillon Hermès Maison (Milan, Italie, 2011) était destiné à l’exposition de meubles par Enzo Mari, Antonio Citterio, Denis Montel et Eric Benqué faisant partie d’une collection créée par la maison parisienne. Constitué d’une structure faite avec des tubes en papier de quatre diamètres différents, ce pavillon avait une superficie de 214 mètres carrés et une hauteur sous plafond allant de 2,8 à 5 mètres. Destiné à une utilisation itinérante, il était facile à démonter et susceptible d’être utilisé dans plusieurs configurations internes sans en changer l’apparence extérieure. De façon similaire, Shigeru Ban a réalisé le Camper Traveling Pavilion (Alicante, Espagne ; Sanya, Chine ; Miami, Floride, USA ; Lorient, France, 2011) pour la marque espagnole de chaussures. Doté d’une structure de 250 mètres carrés, essentiellement en tubes de papier, ce pavillon était destiné à suivre les étapes du Volvo Ocean Race. Par sa forme, il pourrait être comparé à une tente de cirque. Avec quatre diamètres de tubes en papier, la structure était conçue pour être montée en trois jours et démontée de même.

Le lien entre architecture éphémère et une présence plus permanente dans l’œuvre de Shigeru Ban est visible dans son Madrid Paper Pavilion (Espagne, 2013) conçu pour l’IE (Instituto de Empresa Business School). 173 tubes en papier recyclé sont employés pour les murs, sans compter le toit du pavillon, érigés en partie par des étudiants de l’école d’architecture de l’IE. Selon le président de cette université : « L’université et l’œuvre de Shigeru Ban ont en commun un engagement en faveur du développement durable, un esprit humaniste et le mélange de cultures différentes. Ce pavillon (…) servira pour l’échange d’idées dans un espace lumineux, ouvert, élégant et fonctionnel, tandis que sa nature éphémère nous rappelle la nécessité de l’avancée permanente du savoir. »

Shigeru Ban est aussi l’auteur de nombreuses maisons privées, dont la House at Hanegi Park (2010), située dans le quartier résidentiel de Setagaya à Tokyo. Dans ce cas, l’architecte s’est intéressé surtout à la vue sur la petite forêt urbaine d’un côté, et à une vue moins agréable du voisinage de l’autre. Une barre transversale coupe en deux la percée vers la rue, offrant surtout un large aperçu du ciel. Côté forêt, « la fenêtre face à l’ouest, dit Shigeru Ban, est conçue comme une ouverture abstraite, pour donner à voir la forêt comme si elle faisait partie d’un collage sur un mur de la maison ». De forme triangulaire sur sa partie supérieure, cette grande baie est opposée à la fenêtre qui forme un quart de cercle. Si l’attention focalisée sur ces vues cadrées rappelle certains aspects de l’architecture traditionnelle du Japon, le vocabulaire de Shigeru Ban reste « moderne » sans être limité à la géométrie euclidienne.

House at Hanegi Park à Tokyo au Japon, 2010. A l’intérieur de la maison, une grande bibliothèque, à droite, est éclairée par une fenêtre qui cadre la verdure. De l’extérieur, la maison semble presque vide, ou en tout cas transparente.
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© Hiroyuki Hirai
House at Hanegi Park à Tokyo au Japon, 2010. A l’intérieur de la maison, une grande bibliothèque, à droite, est éclairée par une fenêtre qui cadre la verdure. De l’extérieur, la maison semble presque vide, ou en tout cas transparente.
House at Hanegi Park à Tokyo au Japon, 2010. A l’intérieur de la maison, une grande bibliothèque, à droite, est éclairée par une fenêtre qui cadre la verdure. De l’extérieur, la maison semble presque vide, ou en tout cas transparente.
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© Hiroyuki Hirai

En Suisse aussi

La dernière œuvre de Shigeru Ban en Suisse est le siège du groupe Tamedia à Zurich (2013). Haut de sept étages, ce bâtiment est la plus grande réalisation en bois au monde. « En effet, l’utilisation de colonnes structurelles en bois à la place du béton était l’un de mes objectifs essentiels pour ce projet, déclare l’architecte. Je voulais également réaliser les poutres et l’assemblage en bois chevillé, sans recourir au métal. Les formes spéciales des poutres ne pouvaient qu’être réalisées en bois, en raison du caractère souple propre à ce matériaux. » La charpente en bois est recouverte de surfaces vitrées, confirmant l’image d’ouverture voulue par le client pour ce site de 1 000 mètres carrés situé sur la Sihl dans le Werdareal. Bien que l’utilisation du bâtiment et sa structure même soient manifestement modernes, l’observateur notera que, jusqu’en 1998, la plus grande structure en bois au monde était le temple de Tōdaiji à Nara. Non pas que Shigeru Ban s’inspire pour autant de l’architecture religieuse de son pays, mais il cherche sans doute à renouveler l’utilisation à grande échelle d’un matériau on ne peut plus traditionnel.

Malgré l’envergure du projet Tamedia ou encore les futures structures du Swatch Group à Bienne, c’est en France que Shigeru Ban risque encore de faire parler de lui. Lauréat d’un concours international, il travaille actuellement sur la Cité musicale de l’île Seguin, tout près de Paris, sur la Seine. Cette structure de 36 500 mètres carrés occupera un site de 2,35 hectares au bout de l’île qui accueillait, jusqu’en 1992, les usines Renault, qui furent rasées en 2005. Un auditorium de 1 100 places et un autre espace pour les musiques amplifiées d’une capacité de 6 000 personnes font partie du programme, tout comme des salles de répétition et d’enregistrement, un restaurant et une librairie. Un mur en béton marquera le périmètre du site, avec à l’intérieur un jardin verdoyant autour de la structure « gridshell » hexagonale en bois qui abrite la salle de musique classique. Shigeru Ban est le deuxième architecte japonais à avoir proposé pour l’île Seguin un équipement culturel d’envergure, après le projet non réalisé de Tadao Ando pour la Fondation Pinault d’art contemporain (2001–2003). Les premiers travaux pour la Cité musicale de l’îIe Seguin ont commencé en décembre 2013, pour une ouverture prévue en 2016.

Immeuble de Tamedia à Zurich, construit en 2013. Au bord de la Sihl, le siège du groupe Tamedia à Zurich se présente comme un bâtiment en verre. Sa transparence laisse néanmoins apparaître une structure interne en bois.
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© Didier Boy de la Tour
Immeuble de Tamedia à Zurich, construit en 2013. Au bord de la Sihl, le siège du groupe Tamedia à Zurich se présente comme un bâtiment en verre. Sa transparence laisse néanmoins apparaître une structure interne en bois.
Immeuble de Tamedia à Zurich, construit en 2013. Au bord de la Sihl, le siège du groupe Tamedia à Zurich se présente comme un bâtiment en verre. Sa transparence laisse néanmoins apparaître une structure interne en bois.
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© Didier Boy de la Tour

Une contribution consistante et significative

L’attribution du Pritzker Prize à Shigeru Ban est significative à plusieurs égards. D’abord, n’ayant pas atteint la soixantaine, il est encore « jeune » pour recevoir une telle récompense. En effet, l’architecture, surtout pour des projets aussi ambitieux que le Centre Pompidou-Metz ou la future Cité musicale de l’îIe Seguin, demande du temps à se réaliser, et on ne confie pas ce genre de programme à des architectes trop peu expérimentés. Ainsi, Shigeru Ban n’est pas le plus « typique » des lauréats Pritzker souvent choisis pour l’aspect formel ou, pourrait-on dire, l’apparence de leur architecture, ou leur style à l’instar d’un Richard Meier ou d’un Frank Gehry. Shigeru Ban n’a pas de « style » en tant que tel, mais il rassemble plusieurs critères dans son architecture qui font de lui une figure à part. Sa préoccupation pour l’architecture humanitaire est un exemple de cette « différence ». Selon le jury qui a choisi Shigeru Ban en 2014 : « Depuis sa création, il y a trente-cinq ans, le but du Pritzker Architecture Prize est de reconnaître des architectes vivant pour l’excellence dans l’œuvre bâtie et qui offrent une contribution significative et consistante à l’humanité. Shigeru Ban, lauréat 2014, incarne pleinement l’esprit du prix. » Il sait épouser des formes inattendues, comme ce fut le cas à Metz, ou encore une apparence plus « carrée » recouvrant une recherche pointue à l’exemple du siège de Tamedia. Ni l’humanitaire, ni l’utilisation de tubes en papier et conteneurs recyclés ne semblaient prédestiner Shigeru Ban à la reconnaissance d’une profession souvent à la recherche de stars médiatiques. S’il ne rejette pas systématiquement le spectaculaire, Shigeru Ban semble davantage à l’affût de ce que l’on pourrait appeler l’essentiel de l’architecture. Aider les gens en détresse peut certes conférer un degré de notoriété, mais en impliquant des étudiants dans ses recherches et en essayant encore et encore d’améliorer ce qu’il propose à l’image du Paper Partition System, Shigeru Ban confirme qu’il a autre chose à l’esprit que la célébrité. Son association avec des ingénieurs tels que l’Allemand Frei Otto ou le Japonais Gengo Matsui montre aussi qu’il a la volonté de remettre en cause les aspects les plus fondamentaux de l’architecture. Pourquoi pas une maison sans murs et, surtout, à quoi servent les murs et comment définir les limites et les contours d’une structure ? Shigeru Ban est bien né au Japon et une partie de ses idées trouve sans doute sa source dans les longues traditions de son pays. Mais de là à dire qu’il est un architecte purement japonais semblerait ne pas tenir compte de son parcours ni de son activité professionnelle d’envergure internationale. Ses efforts humanitaires ont porté sur le Japon, pays des séismes, bien entendu, mais il a fait de même au Rwanda, en Turquie, en Inde et en Chine, comme en Italie et à Haïti. Bâtisseur à Tokyo, New York, Paris ou Zurich, Shigeru Ban a su s’affranchir des frontières, tout comme il continue inlassablement à tester les limites des matériaux et des formes de l’architecture.

Cité musicale de l’île Seguin à Boulogne-Billancourt en France, ouverture prévue en 2016. Vue depuis la Seine, la Cité musicale offre des promenades le long du fleuve. Le dôme en bois recouvre la salle de musique classique.
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© Shigeru Ban Architects Europe - Jean de Gastines Architectes
Cité musicale de l’île Seguin à Boulogne-Billancourt en France, ouverture prévue en 2016. Vue depuis la Seine, la Cité musicale offre des promenades le long du fleuve. Le dôme en bois recouvre la salle de musique classique.

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