Samarcande. La place du Régistan (
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Samarcande. La place du Régistan ("place sablonneuse" en persan), coeur de la ville, et deux de ses trois médersas : Tilla-Qari (à gauche) et Cher-Dor (à droite) © Jef Gianadda
N° 128 - Printemps 2019

L’Ouzbékistan autrement : sur la route du soi

Ancienne république soviétique indépendante depuis 1991 riche d'une culture de plus de deux mille ans, l'Ouzbékistan au cœur de l'Asie Centrale, est un carrefour culturel entre l'Orient et l’Occident autant que des civilisations et des religions.
Au-delà du voyage et de la découverte de monuments parmi les plus prestigieux du monde musulman, de Khiva l’enchanteresse à Samarcande la magnifique, en passant par Boukhara la noble, trois villes légendaires du pays.
Sur les traces du soufisme et du zoroastrisme, s’initie un pèlerinage à la rencontre d’un peuple hospitalier et fier de son passé glorieux qui accueille les visiteurs comme s’ils étaient envoyés par Dieu.

Femme marchant aux abords de la nécropole Shah-i-Zinda (
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© Jef Gianadda
Femme marchant aux abords de la nécropole Shah-i-Zinda ("le roi vivant"), principal lieu saint de Samarcande.
Samarcande. Cénotaphe en néphrite noire de l'homme de guerre sanguinaire et grand conquérant Amir Témour (Tamerlan).La crypte, avec les tombes, se trouve sous le mausolée. Tamerlan y gît dans un sarcophage en marbre.
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© Jef Gianadda
Samarcande. Cénotaphe en néphrite noire de l'homme de guerre sanguinaire et grand conquérant Amir Témour (Tamerlan).La crypte, avec les tombes, se trouve sous le mausolée. Tamerlan y gît dans un sarcophage en marbre.

Des cavaliers galopant dans les vents et les poussières du désert… Des caravaniers chargés d’or, de soie, de coton et de mystères… Alexandre le Grand, Gengis Khan ou Tamerlan traversant les steppes en héros conquérants… Marco Polo, ses récits de voyages et ses joyaux… Peuplades nomades, campements de yourtes et contes des Mille et une nuits… Grands empires turc, perse, grec, arabe, mongol, puis russe…

Fabuleuses et fantastiques, ces images dansent dans nos imaginaires nourris de souvenirs scolaires comme de chimères, jusque dans la nuit des temps d’une Route de la soie née il y a plus de 2200 ans.

C’est à la croisée de ces mythologies et au croisement de toutes les routes caravanières, entre les fleuves Amou-Daria et Syr-Daria, entre vérités et légendes, que nous vous emmenons à l’aventure sur les terres de Chorasmie, Sogdiane et Bactriane dans l’actuelle République d’Ouzbékistan.

Particularité géographique qu’il ne partage sur la planète qu’avec le Liechtenstein, l’Ouzbékistan est doublement enclavé, soit bordé uniquement de pays eux-mêmes sans accès à
l’océan, en l’occurrence le Kazakhstan au nord, le Kirghizistan et le Tadjikistan à l’est, l’Afghanistan au sud et le Turkménistan au sud-ouest.

Indépendant depuis le 1er septembre (désormais jour de fête nationale) 1991 et membre de l’ONU depuis le 2 mars 1992, cet État laïc de 31 millions d’habitants, où les femmes peuvent être tête nue, est avant tout un pays en construction, à la recherche de ses racines dissimulées par l’époque soviétique.

Samarcande. Plafond du mausolée Gour Emir (
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© Jef Gianadda
Samarcande. Plafond du mausolée Gour Emir ("le tombeau de l'émir"), lieu de sépulture de Tamerlan (1336-1405) et de sa descendance.

Véritable ville-musée, Khiva doit notamment sa splendeur au contraste saisissant qu’elle offre avec le désert. Compagnon d’une route qui justement nous conduira sur les traces d’un passé fastueux et glorieux empreint de zoroastrisme et surtout de soufisme, voie mystique et initiatique de l’islam qui se transmet de maître à disciple par la baraka (littéralement bénédiction), le philosophe, thérapeute et écrivain français Denis Marquet nous en dit ceci : « Dans la plupart des pays musulmans, le soufisme est mal perçu, voire persécuté. À l’inverse, l’Ouzbékistan a proclamé cette approche mystique et intérieure de l’Islam partie intégrante de son patrimoine spirituel. En outre, l’Ouzbékistan est aussi une terre de chamanisme et l’un des berceaux de la passionnante spiritualité de Zarathoustra. »

C’est à Khiva, cité dite des Mille et une nuits, à l’ouest du pays, ville turquoise en faïence bleue aux 140 monuments historiques, dont 52 structures monumentales anciennes, que se posent nos premiers pas. Fondée, selon la légende, à l’endroit même où Sem, fils de Noé, creusa le puits de Keivah, cette ancienne capitale du Khorezm (région historique située au sud de la mer d’Aral, à cheval sur l’Ouzbékistan, le Turkménistan et l’Iran actuels) fut un des plus importants marchés d’esclaves d’Asie centrale aux XVIIIe et XIXe siècles.

Premier site ouzbek inscrit par l’Unesco sur la liste du patrimoine mondial

Ourlée de remparts d’argile longs de 2,2 kilomètres d’une dizaine de mètres de hauteur pour 6 à 8 mètres d’épaisseur, Itchan Kala, ville intérieure rectangulaire de 26 hectares, est le premier des cinq sites du pays (quatre dans la catégorie « bien culturel », un dans la catégorie « bien naturel »), en 1990, à avoir été inscrit par l’Unesco sur la liste du patrimoine mondial.

Remarquablement préservée dans une histoire remontant à plus de 2000 ans, celle qui était l’ultime étape des caravaniers avant de traverser le désert en direction de la
Perse constitue pour l’Unesco « un exemple cohérent (…) d’architecture musulmane de l’Asie centrale avec des constructions remarquables ». L’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture ajoute que cet ancien pôle scientifique (écoles d’astronomie, de mathématiques, de médecine et de chimie renommées) « tire ses qualités exceptionnelles, non pas tant de ses divers monuments que de la composition urbaine incomparable de la ville et de l’intégration harmonieuse des principales constructions des XIXe et XXe siècles dans le tissu urbain traditionnel », apportant ainsi « un témoignage exceptionnel sur les civilisations disparues du Khorezm ».

À noter que Muhammad Ibn Musa Al Xorazmiy dit Al-Khwarizmi (780-850), mathématicien, géographe, astrologue et astronome est né à Khiva. C’est son nom qui donna le mot « algorithme » tandis que le titre d’un de ses ouvrages est à l’origine du mot « algèbre » et que l’utilisation des chiffres arabes et leur diffusion dans le Moyen-Orient et en Europe sont dues à un autre de ses livres.

La nécropole Shah-i-Zinda (
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© Jef Gianadda
La nécropole Shah-i-Zinda ("le roi vivant"), principal lieu saint de Samarcande. Ses premières constructions remontent au XIe siècle. Elle aurait été élevée sur le site du tombeau de Qassim-ibn-Abbas, cousin du prophète.

La plus grande médersa d’Asie centrale

Ici peut-être plus encore qu’ailleurs, plus qu’une couleur, le bleu, symbole de pureté selon notre guide local, est un appel au sacré, un hymne au divin, un lumineux chant silencieux à la gloire du Ciel. Construction phare qui l’atteste le mieux : le minaret Kalta Minor (« minaret court ») resté inachevé, à 29 mètres de hauteur, suite à la mort, en 1855, du souverain local, le khan Mohammed Amin, qui souhaitait en faire le minaret le plus élevé d’Orient (il devait atteindre 70 à 80 mètres de hauteur).

D’un diamètre de 14 mètres à sa base, il est entièrement recouvert de majoliques et de carreaux à la glaçure turquoise, ce qui le rend unique. À ses côtés, la médersa (ou madrasa, école, laïque ou religieuse, quelle que soit la confession ; ou université théologique musulmane, bien que principalement un lieu où l’on étudie le droit) Mohammed Amin Khan, devenue aujourd’hui un hôtel, est la plus grande d’Asie centrale.

Construite sur deux étages entre 1851 et 1855, outre une bibliothèque, un auditoire et ses nombreuses pièces qui pouvaient accueillir 260 étudiants, elle se compose de deux mosquées (une d’été, l’autre d’hiver). Sur son portail figure l’inscription suivante : « Cette belle construction se tiendra éternellement pour le plaisir des descendants. »

Gentillesse et hospitalité

Dans la rue, bien que discrets, les sourires sont aussi nombreux que les touristes sont rares. Le climat est doux, en termes d’ambiance aussi bien que de météo – même si, en été, dans les plaines désertiques (80 % du territoire national !), la température atteint 50 degrés.

Un des rares propos entendus au sujet du peuple ouzbek avant notre voyage concernait sa tradition d’hospitalité encore très vivace. Nous le constatons, conscients que dans ce régime autoritaire tenu d’une main de fer pendant vingt-sept ans par le président Islam Karimov (mort le 2 septembre 2016), qui a fait de sa stabilité et de sa sécurité des priorités, habitué à écarter la moindre voix discordante, « le visa touristique n’est pas la carte de séjour », comme le relève pertinemment un habitant.

La gentillesse reconnue des Ouzbeks trouve peut-être sa source dans le soufisme, lui-même « influencé à son origine par la pensée pythagoricienne et par la religion zoroastrienne de la Perse » écrit l’encyclopédiste français Michel Malherbe dans Les religions de l’humanité (éd. Critérion), précisant que « le soufisme apporte (…) à l’Islam une dimension poétique et mystique qu’on chercherait en vain chez les exégètes pointilleux du texte coranique. C’est pourquoi ces derniers, irrités par ce débordement de ferveur, cherchent à marginaliser le soufisme. »

Samarcande. À 25 kilomètres de la ville se trouve un des hauts lieux de pélerinage de l'islam, le mausolée d'al-Boukhari (810-870), un des saints les plus vénérés d'Ouzbékistan.
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© Jef Gianadda
Samarcande. À 25 kilomètres de la ville se trouve un des hauts lieux de pélerinage de l'islam, le mausolée d'al-Boukhari (810-870), un des saints les plus vénérés d'Ouzbékistan.

Fourreur et célèbre poète (on l’appelait « l’Omar Khayyâm de Khorezm » – ancien nom de Khiva) aujourd’hui saint patron de la ville, Pakhlavan Mahmoud (1247-1326) était également réputé pour ses dons de guérisseurs et… sa force herculéenne. Lutteur invincible, il était l’un des illustres représentants de l’école soufie Zhavonmardlik (« le courage de la jeunesse »), dont les valeurs morales s’articulent autour du courage, de la générosité, de la noblesse de l’âme, de la compassion et de l’humilité. Son mausolée, construction magistrale dotée du plus grand et plus beau dôme de la ville, est aussi l’un de ses plus admirables édifices.

Notre présence en ce haut lieu de pèlerinage permet à Denis Marquet de préciser que « le cœur est essentiel dans cette école de l’illumination intérieure et de découverte de soi qu’est le soufisme ; les soufis s’appelant eux-mêmes ‘ ceux qui ont des cœurs ’ et ‘ les pauvres ’ ».

Les chefs-d’oeuvre d’architecture se succèdent, parmi lesquels l’étonnante et singulière mosquée du vendredi, Djouma, sans portail ni dôme, à la cour fermée et au plafond en bois reposant sur 212 colonnes de bois sculpté, dont les plus anciennes datent du Xe siècle.

Repas du soir au palais royal Toza-Bog, palais d’été du dernier khan de Khiva, puis première nuit des mille et un rêves…

Le désert du Kyzylkoum couvre à lui seul 40 % du pays

Le lendemain, départ pour Boukhara dite la noble, ville sainte des mystiques et des guérisseurs, via une « autoroute » construite par des entreprises allemandes, grande voie à quatre pistes traversant le désert du Kyzylkoum (littéralement « sable rouge »), 300 000 km² sur trois pays, le 15e plus grand du monde et le plus grand d’Asie centrale, riche d’or et de gaz naturel, qui occupe 40 % du territoire ouzbek, sur laquelle nous croisons… un tracteur, un troupeau de chèvres, une vache, un voyageur solitaire à dos d’âne et quelques rares camions !

PARTOUT AILLEURS, LA LUMIÈRE DESCEND DU CIEL. À BOUKHARA, ELLE MONTE VERS LE CIEL.

Huit heures de trajet, à un moment donné à 10 kilomètres seulement du Turkménistan, pour parcourir les 470 kilomètres séparant les deux oasis.

Nous traversons presque sans nous en rendre compte l’Amou-Daria, « fleuve indomptable d’Asie centrale » désormais bien maigre.

Passage obligé, avec Samarcande, entre l’Orient et l’Occident au temps des caravanes, Boukhara, « ville aux 365 mosquées » (une pour chaque jour, dit-on), nous accueille sous un soleil qui brillerait dans le pays 320 jours par an. Son centre historique (140 sites) est depuis 1993 lui aussi inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

Située à 500 kilomètres à l’ouest de la capitale, Tachkent, celle que l’on appelle aussi « le monastère » ou « la source de connaissance », célèbre pour les dômes de son bazar, fut de tous temps le lieu d’études et de prières dédié aux mystiques d’Asie centrale. L’Unesco, qui la considère comme « l’exemple le plus complet et le plus intact de ville médiévale d’Asie centrale qui a, jusqu’à aujourd’hui, conservé son tissu urbain » en atteste : « Entre le IXe et le XVIe siècle, Boukhara est restée le plus grand centre de théologie musulmane, particulièrement pour ce qui est du soufisme, au Proche-Orient, avec plus de 200 mosquées et plus de 100 madrasas. »

Notre hôtel donne directement sur le complexe Po-i-Kalon (« piédestal du Très-Haut »), un des hauts lieux et principal ensemble architectural de la ville, qui comprend la mosquée Kalon (1514), un minaret (48 mètres de hauteur) d’une ancienne mosquée (1127) et la médersa Mir-i-Arab (« bien de l’Arabe »), construite en 1512-1536.

« Partout ailleurs, la lumière descend du ciel ; à Boukhara, elle monte vers le ciel » affirmait un poète arabe. Ce que nous voyons et ressentons lui donne raison.

Un peu à l’extérieur, nous découvrons le site considéré comme le plus sacré de la ville : le mausolée de Bahaouddin Naqshband (1317-1388), figure majeure du soufisme, père de la tariqa (« voie ») naqshbandiyya, une des principales confréries soufies, maître que ses disciples appellent « Sultan des saints » ou « Grand assistant ».

Faire deux fois le pèlerinage de ce lieu de culte incontournable pour tous les soufis d’Asie centrale équivaudrait à un pèlerinage à La Mecque. On y trouve un bassin contenant de l’eau sacrée aux vertus curatives et un mûrier sacré considéré comme le bâton de pèlerin de ce saint auquel on attribue de nombreux miracles. Comme les fervents pèlerins présents, nous faisons sept fois le tour du mûrier pour la réalisation de nos vœux !

Désert du Kyzylkoum. Comme pour reposer nos yeux de tant de beauté(s) et permettre de les intégrer, nous passons deux nuits dans un campement de yourtes près du lac salé turquoise Aydar.
© Jef Gianadda
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Désert du Kyzylkoum. Comme pour reposer nos yeux de tant de beauté(s) et permettre de les intégrer, nous passons deux nuits dans un campement de yourtes près du lac salé turquoise Aydar.
© Jef Gianadda
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Chef-d’oeuvre de l’architecture musulmane du Xe siècle

Trois sites particulièrement saisissants parmi tant d’autres qu’il nous est encore donné d’admirer finiront de graver en nos mémoires un souvenir émerveillé de cette ville à l’origine du mot bougran, tissu utilisé en confection : la splendide nécropole Tchor-Bakr (1560-1563), à 5 kilomètres du centre, où reposent des descendants du prophète Mahomet ; la mosquée Bolo Haouz (1712), la plus belle de la ville ; et l’impressionnant mausolée des Samanides (875-999), ou tombeau d’Ismaïl Samani, dont la couleur changerait sept fois par jour. Édifice sacré le plus ancien de Boukhara, il est reconnu comme un chef-d’œuvre de l’architecture musulmane du Xe siècle. Le cube rappelle la Kaaba, le sanctuaire de La Mecque représentant la terre, tandis que la coupole, image du ciel, est la métaphore de l’univers. Les pèlerins en font trois fois le tour en demandant la protection du chef spirituel.

Notre route du Soi nous conduit alors à Nourata, dans la province de Navoï, riche en gaz (53 milliards de m3/an) et en pétrole, la plus vaste région d’Ouzbékistan, au centre du pays. Nourata, construite selon la forme de la constellation de la Grande Ourse, est connue pour sa source d’eau (qui serait apparue là où Ali, gendre du prophète Mahomet, aurait frappé le sol avec un bâton), considérée comme sacrée par les musulmans, et pour les ruines d’une forteresse d’Alexandre le Grand (IVe siècle avant notre ère).

SI TU DOUTES DE NOTRE FORCE ET DE NOTRE PUISSANCE, REGARDE NOS CONSTRUCTIONS !

Dernière grande étape avant Tachkent (« citadelle de pierre »), capitale d’environ 3 millions d’habitants ravagée par un séisme en 1966, où nous pourrons voir un exemplaire manuscrit du Coran considéré comme le plus ancien du monde, Samarcande la magnifique nous attend.

Fondée il y a 2 700 ans, Samarcande est l’une des plus vieilles villes du monde. Inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco en 2001, celle que l’on appelle « le visage du ciel » est la deuxième ville du pays (500 000 habitants).

Lorsque Alexandre le Grand la conquiert, il s’exclame : « Tout ce que j’ai entendu sur Maracanda est vrai, sauf qu’elle est plus belle que je ne l’imaginais. »

Connue sous son nom grec Marcanda, capitale de Sogdiane conquise par Alexandre le Grand vers 329, les Arabes en 712, dévastée par Gengis Khan en 1220, Samarcande retrouve sa splendeur sous Tamerlan (1336-1405), qui en fait sa capitale souhaitant la faire revivre comme ville royale. Grâce à lui, Samarcande s’est couverte de gloire comme une des plus belles villes de l’Orient.

Parmi ses incontournables chefs-d’oeuvre : le Régistan (« place sablonneuse » en persan), coeur de Samarcande, et ses trois médersas (Ulugh Beg, Tilla-Qari et Cher-Dor), en activité jusque vers la fi n des années 1920, puis fermées à l’époque soviétique sur ordre de Lénine ; le mausolée Gour Emir (« le tombeau de l’émir »), édifié par Tamerlan en 1404, après la mort de l’un de ses petits-fils, sur le lieu même d’un ensemble architectural datant du siècle précédent ; la mosquée et le mausolée Bibi-Khanym (épouse préférée de Tamerlan), un des sites emblématiques d’Asie centrale avec ses 167 mètres de long pour 109 mètres de large ; et la nécropole Shah-i-Zinda, qui aurait été construite sur le site du tombeau de Qassim-ibn-Abbas, cousin du prophète Mahomet.

Khiva. Tach-Khaouli (
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Khiva. Tach-Khaouli ("cour en pierre"), palais principal des khans locaux (1830-1841). Comptant 260 pièces, c'est un des monuments majeurs d'Itchan-Kala, la forteresse intérieure de la ville.
Détails de la cour du harem
© Jef Gianadda
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Détails de la cour du harem
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« Si tu doutes de notre force et de notre puissance, regarde nos constructions ! » peut-on lire, gravé, sur le palais de Tamerlan. Même si l’empire de ce guerrier turco-mongol né Timour (que les Ouzbeks appellent Amir Temur, forme qui comprend le titre d’origine arabe amir, « émir ») ne lui survécut pas, il fut effectivement l’un des plus vastes d’Asie centrale.

Le mausolée, dans lequel, à sa demande, Tamerlan a été enterré aux pieds de son maître spirituel, Mir-Said-Bereke (1343-1403), et qui sert aussi de sépulture à ses enfants et petits-enfants, occupe d’ailleurs une place importante dans l’histoire de l’architecture persane. Précurseur et modèle des grandes sépultures mogholes, dont le Taj Mahal, en Inde, il fut aussi la source d’inspiration de l’architecte Nicolas Vassiliev pour la construction de la mosquée de Saint-Pétersbourg (1910-1921).

Le Coran par cœur à huit ans

Autre site incontournable de Samarcande : le tombeau du prophète Daniel, appelé ici Daniyar, dont le corps aurait été ramené de Perse par Tamerlan. Selon la légende, le saint possèderait une énergie vivifiante grâce à laquelle il continue de grandir dans la tombe. On continua donc à rallonger son cénotaphe, recouvert d’un tissu précieux brodé d’or, jusqu’à sa taille actuelle de 18 mètres !

Lieu symbolique d’unité des trois grandes religions – islamique, chrétienne et juive – s’y dresse un pistachier desséché à l’époque soviétique et revenu à la vie en 1992 après une rencontre entre le patriarche orthodoxe russe, le Grand rabbin de Jérusalem et le grand mufti d’Ouzbékistan qui l’ont béni avec l’eau de la source sainte jaillissant à quelques mètres de là.

Finalement, à 25 kilomètres de la ville, le mausolée d’Al-Boukhari (810-870), entièrement reconstruit en 1998, haut lieu de pèlerinage de l’islam, sera notre dernier éblouissement de Samarcande.

Né à Boukhara, Abu Abdullah Mahamed-ibn Ismail Imam al-Boukhari est l’un des saints les plus vénérés d’Ouzbékistan. Il connaissait le Coran par cœur à huit ans, est resté quarante-deux ans près du tombeau du prophète Mahomet et a écrit le deuxième livre sacré pour les musulmans après le Coran.

En partant pour l’Ouzbékistan, nous imaginions y trouver de la splendeur. Au-delà de la grandeur spirituelle, par surcroît, nous y avons vu de la magnificence, au nom de la dévotion. Tout simplement divin.

Footnotes

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