N° 151 - Automne 2026

L’aéroport tropical

Une colonne d’eau tombe du ciel, traverse plusieurs étages et disparaît dans un bassin circulaire. Autour, des voyageurs tirent leurs valises entre des fougères, des palmiers et des terrasses suspendues.

À Jewel Changi, inauguré en avril 2019, l’aéroport se présente comme une serre tropicale, un centre commercial et un parc urbain réunis sous une même coupole de verre. Construit à l’emplacement d’un ancien parking et relié aux terminaux 1, 2 et 3 de l’aéroport de Singapour, ce bâtiment de 135’700 mètres carrés a été conçu par l’architecte Moshe Safdie, déjà auteur du complexe commercial et hôtelier Marina Bay Sands. Son projet ne consiste pas seulement à améliorer la circulation des passagers, mais à transformer un lieu de transit en destination.

On y vient autant pour prendre un avion que pour dîner, se promener, faire des achats ou contempler la pluie.

LE JEWEL CHANGI AIRPORT DE SINGAPOUR
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(Courtesy of Jewel Changi Airport Devt)
LE JEWEL CHANGI AIRPORT DE SINGAPOUR

VILLE RÊVÉE

La spectaculaire toiture torique de verre et d’acier organise tout l’espace autour d’un vaste vide central. À son point le plus bas, le Rain Vortex précipite l’eau sur quarante mètres de hauteur. Présentée comme la plus haute cascade intérieure du monde, elle par ticipe également du système de récupération et de recyclage des eaux pluviales. L’effet théâtral dissimule ainsi une mécanique environnementale d’une grande précision.

Autour de cette chute se déploie la Shiseido Forest Valley, un jardin tropical étagé composé de milliers d’arbres, de palmiers et d’arbustes. Des chemins sinueux, des passerelles et des belvédères traversent cette végétation soigneusement orchestrée. Les commerces et les restaurants s’intègrent dans le paysage comme des fragments d’architecture plutôt que comme de simples vitrines.

Au sommet, le Canopy Park prolonge le dispositif avec ses jardins, ses filets suspendus et ses points de vue sur la cascade. L’ensemble pourrait facilement basculer dans le parc à thème. Il conser ve pour tant une cer taine élégance, portée par la simplicité de son geste central. Ici, le luxe ne tient ni au marbre ni aux salons privés, mais à la possibilité de ralentir. Entre forêt domestiquée et pluie contemplative, l’attente devient un spectacle et l’aéroport un morceau de ville rêvée.

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