N° 139 - Automne

Royal bouquet

Chaque année à Londres, le RHS Chelsea Flower Show récompense en grande pompe des jardins éphémères. Avec la reine Élisabeth en star de cette exposition florale la plus célèbre du Royaume-Uni, et peut-être du monde.

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(RHS / Luke MacGregor)
Un portrait floral d’Élisabeth II commémorant le jubilée de la reine. La monarque ne manque aucune édition du Chelsea Flower Show.

C’est l’un des petits plaisirs de la reine Élisabeth II, avec la promenade de ses corgis et la conduite de sa Range Rover sur les chemins creux de sa propriété de Balmoral. On veut parler du RHS Chelsea Flower Show (RHS pour Royal Horticultural Society), concours de jardinerie qu’elle inaugure chaque année en mai dans l’enceinte de l’hôpital royal de Chelsea, et ce, quel que soit l’état du ciel et de sa santé.

En 2022, elle était là, à quelques semaines de fêter ses 70 ans de règne, portant une tenue rose de circonstance, variété Dancing Queen, forcément. L’événement est donc, à tous les titres, royal. Il est aussi très populaire, le Britannique cultivant son jardin avec un soin maniaque. Au point d’ériger la bouture au rang des beaux-arts en lui consacrant des émissions télé, mettant au pinacle ses animateurs vedettes.

« A Rewilding Britain Landscape » par Lulu Urquhart et Adam Hunt.
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(RHS / Neil Hepworth)
« A Rewilding Britain Landscape » par Lulu Urquhart et Adam Hunt. Le jardin sauvage et son barrage de castors ont remporté le grand prix 2022 du Chelsea Flower Show.

Décédé en janvier 2022, Peter Seabrook présentait Gardeners’ World sur la BBC dans les années 70 et a tenu la rubrique jardinage du Sun pendant plus de quarante-cinq ans. Lors du dernier RHS Chelsea Flower Show il a eu droit à des funérailles quasi nationales. Si l’obsession anglaise pour le jardin remonte à bien avant la création de la Royal Horticultural Society en 1804, elle est largement encouragée par cette dernière. L’organisation à but non lucratif vise ainsi la promotion de l’horticulture et du jardinage à travers les quatre jardins qu’elle possède dans le pays – le jardin botanique de Wisley dans le Surrey, le jardin Rosemoor dans le Devon, le jardin Hyde Hall dans l’Essex et le jardin Harlow Carr dans le comté de Yorkshire – et qui accueillent plus de 1,2 million de visiteurs par an.

L’horticulteur Mark Lea pose avec sa xSemponium « Destiny ».
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(RHS / Luke MacGregor)
Spécialiste des succulentes, l’horticulteur Mark Lea pose avec sa xSemponium « Destiny », un végétal aux feuilles noires élu « plante de l’année 2022 ».

JARDINS À MESSAGE

La RHS a aussi fait de cette passion pour l’horticulture et son exposition très médiatique, le socle de projets caritatifs. Les fleurs ayant un langage, chaque édition est ainsi l’occasion de mettre en lumière plusieurs causes à travers des créations botaniques à messages. En 2022, le jardin Hands off Mangrove, cultivé par le collectif Grow2Know, rendait ainsi hommage au groupe d’activistes Mangrove Nine accusé d’avoir provoqué une émeute dans le quartier de Nothing Hill en 1970. D’autres, comme la Wilderness Foundation UK, dont le but est de préserver des espaces naturels sauvages en Grande-Bretagne, en Europe et en Afrique du Sud à des fins de thérapies pour les jeunes, ont été approchés par des jardiniers désireux d’exprimer par les plantes leur soutien à cette initiative.

De son côté, l’horticultrice Lottie Delamain cherche à dénoncer les dérives de l’industrie de la mode dont l’utilisation de teinture chimique pollue, notamment, les eaux vives. Elle a conçu un jardin dont toutes les plantes peuvent être utilisées comme teinture naturelle. Histoire aussi de faire redécouvrir des pratiques perdues et de constater que les feuilles des tulipes donnent du vert clair, que l’hibiscus produit un pourpre intense et que, surprise, les saules peuvent teinter les tissus en rose. « J’ai été inspirée par un voyage au Vietnam où j’ai vu des femmes cultiver des plantes pour teindre et confectionner leurs vêtements, explique Lotti Delamain au quotidien The Guardian. Il s’agissait de rappeler aux visiteurs que nos habits sont historiquement issus de la nature et de tenter de leur faire ressentir ce lien. »

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(RHS / Neil Hepworth)
« Hands off Mangrove » par le collectif Grow2Know. Un hommage botanique à Mangrove Nine, groupe d’activistes londoniens des années 70.

QUATRE CENTS ANS SANS CASTORS

En 2022, c’est pourtant un jardin presque sans fleurs qui a remporté le grand prix du concours. A Rewilding Britain Landscape (que l’on pourrait traduire par : un paysage britannique retourné à l’état sauvage) a été inspiré par la transformation de la nature anglaise depuis la réintroduction des castors en Grande- Bretagne cette année, après quatre cents ans d’absence du rongeur. Pas de fleurs donc, mais un barrage de castors, un petit bassin et une cabane à outils envahis par la végétation indigène du Royaume-Uni. Ce paysage composé par Lulu Urquhart et Adam Hunt a séduit un jury par son aspect bucolique et authentique. Un vrai jardin à l’anglaise. « Nous avons voulu dire : laisse de la place à la nature, explique Lulu Urquhart dont c’est la première participation au Chelsea Flower Show. Ce n’est peut-être pas un jardin très formel, mais nous avons essayé de montrer au public ce qu’il voit dans la nature quand elle se colonise. Nous ne voulions pas que nos plantes aient l’air d’avoir grandi en pot. Nous voulions qu’elles aient l’air sauvage. C’est un mélange d’arbustes, d’arbres et de prairies qui servent d’habitat aux oiseaux, aux poissons, aux amphibiens et aux insectes. »

Le « RAF Benevolent Fund Garden » et sa statue d’aviateur.
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(RHS / Neil Hepworth)
Le « RAF Benevolent Fund Garden » et sa statue d’aviateur.

PLANTE NOIRE

Deux médailles d’or ont également été attribuées, la première au Mind Garden d’Andy Sturgeon avec ses murs incurvés envahis par la prairie pour souligner la capacité qu’a la nature de servir de refuge, et la seconde à Meta Garden, Growing the Futur de Joe Perkins. Son jardin illustre le lien inséparable entre les plantes et les champignons dans les écosystèmes boisés. Inspiré par les réseaux complexes de mycélium qui relient et soutiennent la vie dans les forêts, le jardin cherche à mettre en évidence la beauté et la polyvalence du bois, ainsi que le rôle essentiel des solutions fondées sur la nature, telles que la plantation d’arbres et la gestion forestière, dans la lutte contre la crise climatique.

Mais au RHS Chelsea Flower Show 2022, la star c’est elle. Avec ses feuilles grasses noires comme la nuit, la xSemponium « Destiny » a été élue plante de l’année. Spécialistes en succulentes, cette famille de végétaux charnus capables de survivre en milieu aride, les horticulteurs Mark Lea et Daniel Michael ont croisé un Sempervivum et un Aeonium pour obtenir cet hybride de science-fiction. Buzz mondial et rupture de stock. La plante étrange sera de nouveau disponible pour toutes les mains vertes dans quatre mois.

« The Meta Garden : Growing the Future ».
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(RHS / Neil Hepworth)
« The Meta Garden : Growing the Future ». Un jardin futuriste et immersif sponsorisé par Meta, la maison-mère de Facebook et Instagram. Même les GAFAM s’invitent au Chelsea Flower Show.

Footnotes

Rubriques
Art & Architecture

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