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L’île qui disparaît

Ferdinandea, c’est un caprice géologique apparu au large de la Sicile, puis reparti comme si de rien n’était. Dans un monde obsédé par les lieux secrets, c’est une île qui joue à cache-cache : un endroit qu’on ne peut pas vraiment visiter, seulement imaginer.

Tout commence en 1831. La mer, soudain, se met à bouillonner près de Sciacca. Odeurs de soufre, jets de vapeur et poissons hagards annoncent la catastrophe à venir. L’éruption du volcan Empédocle s’accompagne d’un îlot de basalte et de cendres. Le morceau de caillou qui émerge est baptisé, revendiqué, puis rebaptisé, selon qui tient la plume et quel drapeau flotte le plus vite sur sa surface. On l’appelle Ferdinandea en l’honneur de Ferdinand II, roi des Deux-Siciles, Graham Island côté britannique, du nom du président du Conseil de l’Amirauté de l’époque. Ou encore Julia chez les Français, en référence à la monarchie de Juillet, période pendant laquelle le géologue Constant Prévost planta l’emblème tricolore sur l’île.

L'île qui disparaît.
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(DR)
L'île qui disparaît.

Trois noms pour un même territoire : le genre d’objet qui révèle, mieux que bien des discours, l’appétit des nations pour tout ce qui émerge, même brièvement. Et puis l’île disparaît. Les vagues la grignotent, la Méditerranée l’absorbe. Et pourtant, Ferdinandea reste là, sous les flots, tel un sommet volcanique somnolent, prêt, un jour, à remonter sur scène. Ce qu’elle fit brièvement en 1863 lorsque le volcan Empédocle entra de nouveau en éruption.

Avant de redisparaître, cette fois pour de bon. Aujourd’hui, le charme de Ferdinandea se trouve à huit mètres sous l’eau, à quelques encablures de l’île de Pantelleria. Pas d’hôtels, pas de stories au coucher du soleil, pas d’activité « à faire absolument ». Juste une présence fantôme qui rappelle ce que la Méditerranée recèle de mystères.

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