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L’art à la piscine

À Roubaix, l ’ancienne piscine municipale est devenue l’un des lieux culturels les plus singuliers de France. Un long bassin, bordé de mosaïques et de cabines d’époque, y compose un théâtre silencieux pour la sculpture et les arts décoratifs. Inaugurée en 1932 et signée de l’architecte Albert Baert, la piscine municipale est alors un manifeste Art déco aux lignes élancées, aux symétries assumées, aux couleurs minérales et aux détails graphiques. Lors de sa transformation en centre d’art, Jean-Paul Philippon, qui a déjà œuvré à la reconversion de la gare d’Orsay en musée, a eu l’intelligence de ne rien effacer. L’architecte a prolongé l’esprit des lieux en glissant des espaces d’exposition dans les alcôves, les coursives, les anciennes douches et jusqu’aux cabines transformées en écrins pour la mode et le design. En 2018, l’extension a amplifié cette dramaturgie spatiale sans jamais la trahir, ajoutant de nouvelles salles, un panorama de la sculpture et un parcours consacré à la mémoire textile de la ville.

Mais ce qui fait la force de La Piscine, c’est la manière dont l’architecture dialogue avec sa programmation. Ici, chaque exposition semble prendre une tonalité particulière, enveloppée par la douceur des matériaux d’ori- gine. L’exposition « Rodin/Bourdelle. Corps à corps », présentée début 2025, a tiré une profondeur presque sacrée de la présence du bassin ; plus tard, les expositions consacrées au céramiste Mahjoub Ben Bella et à la série Vêtements bavards ayant investi les cabines comme autant de petites scènes intimes, donnaient à l’ensemble un parfum de galerie secrète. En cela, La Piscine n’est pas seulement un lieu pour les arts, c’est aussi une réhabilitation réussie où l’architecture devient la première œuvre exposée.

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