Web only

La centrale suspendue

Au cœur du Paseo del Prado, la CaixaForum Madrid surgit comme une présence magnétique, une masse de briques suspendue au-dessus du sol, libérée de son socle d’origine par l’intervention chirurgicale des Bâlois Herzog & de Meuron. L’ancienne centrale électrique du début du XXe siècle flotte désormais dans l’air, hésitant entre son passé ouvrier et sa nouvelle vocation culturelle. La brique patinée raconte encore le bruit des machines, la chaleur des chaudières, mais elle se détache aujourd’hui sur le ciel madrilène avec une légèreté inattendue, rendue possible par la découpe que les architectes ont pratiquée dans les fondations pour ouvrir une place urbaine à l’ombre du volume. Ce parvis minéral, protégé par la masse en lévitation, dialogue immédiatement avec le spectaculaire mur végétal de Patrick Blanc qui lui fait face. Les milliers de plantes, vibrant du vert le plus sombre au jaune presque fluorescent, apportent une respiration fraîche, presque humide, contrastant avec la façade rugueuse de la Caixa. Une fois franchies les portes, l’am- biance change encore : l’intérieur, sculptural, laisse apparaître des surfaces métalliques et des piliers épais qui absorbent la lumière pour mieux la redistribuer en halos doux. Le métal foncé rencontre des percées blanches, les escaliers hélicoïdaux s’enroulent comme des rubans tendus, et l’on passe d’un étage à l’autre dans une topographie qui se découvre progressivement, sans jamais tout révéler.

x
(DR)

Les salles d’exposition, d’une sobriété presque monastique, s’ouvrent sur des plans fluides où la lumière artificielle, soigneusement dosée, crée une atmosphère de recueillement et de précision. Rien n’est laissé au hasard: les textures, les teintes, les transitions entre matériaux orchestrent une expérience où le visiteur est invité à ralentir, à regarder vraiment. Pourtant, malgré cette mise en scène contrôlée, l’esprit de l’usine demeure. On le perçoit dans les volumes généreux, dans la verticalité affirmée, dans cette volonté de conserver un caractère brut sans jamais sacrifier la sophistication du geste architectural. À la CaixaForum, la reconversion n’est pas un effacement, mais un dialogue: celui d’un patrimoine industriel transcendé par la vision d’Herzog & de Meuron, qui ont su faire de cette masse figée un organisme vibrant, ouvert et urbain.

Footnotes

Rubriques
Dossiers

Continuer votre lecture